Du 15 octobre 2024 au 19 janvier 2025, les commissaires d’exposition Joanne Snrech et Orane Stalpers investissent les murs du Musée Picasso pour une exposition consacrée aux œuvres de l’un des plus célèbre artiste américain. L’occasion de redécouvrir un artiste ayant bénéficié de peu d’exposition en France.

Pollock avant Jackson Pollock

Le grand public connait, à raison, principalement l’œuvre de Pollock par ses toiles éclaboussées de peinture par des procédés de dripping et de pouring comme une des plus célèbres : Autumn Rythm (n°30) de 1950 conservée au MET. Pourtant, le Musée Picasso, non sans innocence, a décidé de mettre en avant une pratique de Pollock plus ancienne, encore suiveur de l’art de son temps, avant d’imposer sa nouvelle manière.

Le parcours du Musée Picasso propose de revenir sur les différents moments qui amène à l’art de Pollock tel qu’il est le plus connu. L’exposition s’arrête en 1947 au moment de la généralisation du dripping et ses grands formats comme Cathedral de cette même année (Dallas Museum of Art). Le musée Picasso présente ce glissement entre ces deux périodes de Pollock particulièrement ce moment hybride où l’artiste s’abstrait de ses racines primitivistes. 

L’exposition met en lumière trois sources d’inspiration des œuvres de jeunesse de Pollock : le cubisme picassien, le régionalisme américain avec le muralisme mexicain et enfin le surréalisme dont la scène new-yorkaise s’est étoffée avec la présence des artistes européens en exil durant le Seconde Guerre mondiale. Par cette présence honorable, qui occupe tout de même une salle entière, le Musée Picasso s’intègre dans le rythme de l’année anniversaire du surréalisme, tout en se différenciant. A ce titre, l’exposition laisse à penser que Pollock le plus américain des peintres doit beaucoup au vieux continent.

Le pont au-dessus de l’Atlantique.

Parmi les points communs entre Picasso et Jackson Pollock, il est possible de citer leur célébrité, leur importance dans l’histoire de l’art et des pratiques artistiques, mais également de partager la même critique qui leur est adressée par un certain public peu intéressé par leur art : « mon petit cousin de cinq ans peut faire la même chose ».

En ouvrant son exposition par une filiation directe entre Pollock et Picasso, le musée laisse sous-entendre une responsabilité, involontaire certes, du peintre catalan dans la création des grands peintres américains. Cette filiation s’essouffle vite car, d’une part, il ne s’agit pas d’une exposition tandem entre Pollock et Picasso et, d’autre part, car le parcours de Pollock fiche en inspiration, bien au dela des influences européennes. Rendre Picasso seul responsable du Pollock des premières années est une cascade périlleuse.

La dernière exposition Pollock à Paris fut celle de la Pinacothèque de Paris intitulée « Pollock et le chamanisme » en 2008 qui présentait les liens entre Pollock et un certain primitivisme, particulièrement celui des arts amérindiens. Picasso s’est également intéressé au primitivisme, comme d’autres.

Benton et les Big three du muralisme mexicain (José Clemente Orozco, Diego Rivera et David Alfaro Siqueiros) se partagent une grande salle, certes, mais après l’introduction picassienne de la première salle faisant comme si le maître catalan était la première pierre de l’art de Jackson Pollock.

Le lien entre le cubisme et le travail de Pollock est documenté depuis de nombreuses années. Flavio Caroli, dans « Pollock et le cubisme », texte présent dans le catalogue d’exposition Jackson Pollock (1982, Centre Pompidou), souligne clairement le lien entre Pasphaë (1943, MET) et les Tauromachie de Picasso. Toutefois, si cette filiation est avérée, elle est généralement considérée comme secondaire vis-à-vis des muralistes mexicains et le régionalisme américain.

Jackson Pollock, Pasiphaë, 1943, MET.

Pablo Picasso, Corrida, 1934, Collection Particulière.

Il n’empêche que cette mise en avant de Picasso est de bonne guerre, comme pour justifier la tenue de cette exposition entre ces murs. En outre, cette filiation mise en avant ravive l’idée d’un art moderne exporté d’Europe prospérant aux États-Unis, que l’Armory Show est une boite de pandore et que, pour citer Serge Guilbaut, “New-York vola l’idée d’Art Moderne”.

En quelques coups de pinceaux…

Pollock : les premières années (1934 – 1947) est une exposition ambivalente. Si l’intérêt pour cette période existe et mériterait d’être mieux connu du grand public, sa présentation peut laisser dubitatif. L’exposition est courte, la contextualisation l’est également. Il ne reste qu’aux visiteurs le plaisir de la déambulation esthétique devant de très belles pièces, issues de grandes collections américaines.

Pollock : les premières années (1934 – 1947) reste une exposition intéressante pour toute personne s’intéressant à l’artiste mais n’est clairement pas à faire en priorité.

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